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La phrase du jour : " Qui regulae vivit, Deo vivit" (extrait du réglement)
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Réactions de Pierre-Marie Bourdaud

(un peu moins amusées que les miennes)


voir aussi extrait du cou du canard

pour commander http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=896

MES BIEN CHERS FRÈRES
Une enfance d'autrefois dans un internat
Pierre-Marie Bourdaud
LITTÉRATURE OCÉAN PACIFIQUE

Voici une part d'enfance, tranchée à froid il y a bientôt quarante ans dans une école religieuse. J'écris en mémoire de mes camarades rieurs et enfiévrés d'envies, revus des années après, tristes à mourir et froids comme la nuit; j'écris pour soigner l'enfant blessé que je fus, pour endiguer ce fleuve de chagrin que les années ne sauraient tarir, pour chasser l'idée qu'on pouvait tout me faire, mais pas ça - et pas à cet âge.


ISBN : 2-7384-6125-5 • janvier 1998 • 120 pages

Prix éditeur : 11 € / 72 FF


Choquerai-je en affirmant que ce cher Juvénat, s'il n'était pas une secte, en avait les caractères ? Alors j'affirme.
Comme dans une secte, nous étions retirés à nos proches. Courrier contrôlé au départ et à l'arrivée, visites autorisées le dimanche après-midi seulement et les parents qui venaient trop souvent étaient secrètement blâmés, vacances amputées, notamment de ces grandes fêtes, Noël et Pâques, qui soudent si bien les familles.
Comme dans une secte, nous étions contraints à un activisme permanent. Prières où la psalmodie monocorde tenait une large part, études fondées sur le rabâchage, travaux ménagers ou jardiniers, tout était bon pour combattre l'Oisiveté, mère de famille nombreuse de tous les vices. Nos jeux étaient contrôlés, toujours en équipes qui s'affrontent, le Bien contre le Mal sans doute ; jamais de petites bandes discrètes, jamais d'apartés. Je repense à ces lignes de boucliers au mur du préau, plats rectangles de métal bleus contre rouges : combats... Même les promenades du dimanche étaient rangées, organisées, et nulle solitude n'était possible. Je n'arrive pas à m'y revoir, perché sur un replat d'ardoise dans les carrières de Retel ou tranquille au bord de l'eau silencieuse d'une mare ombragée au noir miroir ainsi que j'aimerai le faire plus tard. Un jeu revenait souvent : deux équipes se poursuivent et s'arrachent une " vie ", morceau d'étoffé accroché à nos dos. Dans ce Juvénat, on arrachait souvent la vie...
Comme dans une secte, nous étions soumis à une pensée unique pilonnée sans relâche, sans libre examen cette pratique protestante élargie au Siècle des Lumières vomi par nos Maîtres-Penseurs : les Diderot, Rousseau et Voltaire cul par-dessus tête. Je crois même avoir une fois entendu " Sartre ", mais prononcé comme un blasphème, avec des yeux roulés d'indignation. Ils haïssaient les communistes mais ne virent jamais quelle sinistre accointance les unissait pour le contrôle des esprits. Quand on chasse le même gibier, on se mitraille vite. On les révolterait justement en les traitant de fascistes ; pourtant leurs splendides fêtes de Noël avec retraite aux flambeaux et de Pâques autour d'un grand feu au milieu de la cour, trouant la nuit de ses spirales d'étincelles rougeoyantes, vous avaient un arrière-goût de Nuremberg au tout petit pied.
Comme dans une secte, le monde extérieur était dangereux. " Hors de l'Église, point de salut." Me revient cette image de catéchisme en noir et blanc où l'Église était une forteresse battue par les flots. La forteresse, nous y étions, mais ce que je croyais alors refuge s'avéra prison ; les flots rugissants c'était tout le reste : les fillettes perverses à fuir, les camarades dépravés à chasser d'une pieuse colère à la Saint Jean Bosco jeune, les lectures licencieuses, les spectacles déshonnêtes et les cohortes impies des sans-Dieu paillards et braillards que nous devrions convertir avec des pincettes eucharistiques. À propos de lectures, apprenez qu'on punaisait à la porte des églises une affiche, jaune mouchard je crois, qui portait classement des publications, de : recommandées jusque : à proscrire, du bien pensant " Coeurs Vaillants " au communiste " Pif le Chien ". À propos de Jean Bosco, apprenez qu'un jour il avait saintement calotte ses camarades déculottés qui voulaient lui apprendre à décalotter, et sous un pont en plus : quel culot !
Cet adolescent au visage en perpétuelle extase dirigeait un cortège de petits saints offerts à notre vénération, chœur angélique né du douteux concubinage de deux obsessions : la mort dans la pureté, Leur vision déformée de l'éternelle jeunesse
Certes ils n'avaient pas de gourou. Il eût fallu que Leur système soit capable d'engendrer de fortes personnalités, en quoi il n'était pas programmé. Nuançons, il générait des personnalités qu'on qualifiera sobrement de particulières. Il produisit peut-être des " types bien ", sauf que je ne les ai guère croisés. Mais imaginez la plénitude qu'ils auraient pu trouver ailleurs, à l'air libre! Nous étions plutôt sous la coupe d'un anonyme Big Brother à têtes multiples et chercheuses ; il n'en était que plus redoutable.
Certes nous n'avions pas d'uniforme, mais la soutane et sa myriade de boutons verrouilleurs viendrait bientôt.
La soutane. La mode en revient, ici et là. Quel curieux vêtement, efficace et paradoxal. Parfait pour cacher le corps, sa souplesse, ses galbes, et surtout son sexe. Parfait pour l'enfermer, l'empêcher de courir, sauter, en un mot : vivre. Mais d'un noir absolu, de ce noir qui nie toute couleur, ce don de Dieu à la nature, pourtant ; qui attire toute tache sur ceux qui prônent l'idéale pureté ; qui rappelle en obsession la mort chez ceux qui promettent la vie éternelle.
Elle a été remplacée par le clergyman, ou par des tenues plus civiles. Mais enfin, elle peut se porter à l'intérieur du corps.

Connaissez-vous le Râteau ? C'est une technique fort astucieuse pour retrouver une aiguille dans une botte de foin, une montre dans un champ et pourquoi pas un petit poucet dans une forêt, à condition qu'il veuille qu'on le rattrape. Mettons qu'il s'agissait, cette promenade-là, de mon couteau suisse. Frère Grand Jeu dispose en ligne et coude à coude ses juvénistes, qui avancent au coup de sifflet en épluchant lentement le sol à la pointe de leurs pieds. Résultat garanti : l'objet fautif n'échappait jamais à cette inquisition.
Ce juvénat était un immense Râteau.

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accès au haut de cette page dernière mise à jour le 8 février 2010