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c'est vivre pour Dieu que de vivre conformément à une règle

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La formation des clercs analysé par un théologien psychanalyste

Eugène DREWERMANN


Le sommaire | La conclusion | La citation de Luther.
   
page 647 (c'est moi qui ai souligné les phrases que j'ai trouvées importantes ).

[...]
Il faut tout d'abord mentionner la psychologie d'une vocation spéciale, dont nous savons, après tout ce que nous avons appris de la psychogenèse des clercs, qu'elle revient à faire de nécessité vertu et inversement.

C'est ce que Luther, dans son désir d'aller théologiquement au fond des choses, a exprimé ainsi dans les Articles de Smalkalde de 1537 : " ... car celui qui a fait voeu de vivre au couvent croit mener une vie meilleure que celle de l'homme chrétien ordinaire et veut, par ses oeuvres, non seulement se faciliter à lui-même, mais encore faciliter à autrui l'accès du ciel : c'est là renier le Christ. " En fait, nous l'avons vu, il n'est pas possible d'apprendre du Christ la pauvreté et l'obéissance tant qu'on oblige les gens à placer leur propre moi sous la protection et la férule du surmoi. Et il n'en va pas autrement de la chasteté. Entre théologiens, on peut discuter si et comment on peut déduire de l'Écriture et de la tradition le célibat des clercs de l'Église catholique. Mais, du point de vue psychologique, au moins en ce qui concerne cette question du célibat obligatoire, il faudra au moins admettre la vieille protestation qu'éleva Martin Luther lorsqu'il déclarait dans le même document : " Quand ils ont interdit le mariage et imposé à l'état divin des prêtres le fardeau d'une chasteté perpétuelle, ils n'en avaient ni le pouvoir ni le droit. Au contraire, ils ont agi comme des antéchrists, des tyrans, des scélérats et des coquins, et donné lieu à toutes sortes de péchés horribles, abominables et innombrables d'impudicité où ils sont encore plongés. De même qu'ils n'ont, pas plus que nous, reçu le pouvoir de changer un homme en femme ou une femme en homme ou d'abolir la différence des sexes, de même ils n'ont pas reçu davantage celui de séparer les unes des autres ces créatures de Dieu et de leur interdire d'habiter ensemble en toute honnêteté, dans l'état de mariage. C'est pourquoi nous nous refusons à approuver ou même à tolérer leur détestable célibat. Nous voulons, au contraire, que le mariage soit libre, tel que Dieu l'a ordonné et institué, et ne pas déchirer ni entraver son oeuvre. En effet, saint Paul (1 Tm 4,1-9)49 déclare que cela est une doctrine diabolique. " Il ajoute même : " Cette sainteté ne consiste pas dans les surplis, les tonsures, les aubes et autres rites qui sont les leurs et qu'ils ont inventés en outrepassant l'Écriture sainte, mais au contraire dans la Parole de Dieu et la vraie foi . "

Dans l'histoire de l'Église, il est important de savoir que ce furent précisément ces positions, celles que les protestants avaient élaborées en vue d'un concile à venir, que le concile de Trente rejeta formellement quinze ans plus tard.

Quelle que soit la manière dont on apprécie théologiquement ce rejet, le fait psychologique est le refus de l'Église romaine, encore valable aujourd'hui, quant à comprendre essentiellement la foi en Christ comme un accomplissement de l'existence humaine et, en conséquence, à la fonder sur l'expérience réelle des hommes. Sa volonté de s'en tenir à une vérité qu'on peut enseigner objectivement, au dépôt d'une révélation qu'on lui a confiée et que seule peut retransmettre une caste de théologiens formés à cet effet oblige de manière purement abstraite et formelle le sujet à s'en tenir à la substance de la foi et empêche de surmonter la division, fondamentalement médiévale, entre ecclésiastiques et laïcs, entre le divin et le temporel, entre l'inconscient et le conscient. De ce fait, on ne considère plus la transmission de la foi comme le fruit d'une rencontre de personne à personne, mais on la lie à l'institution d'un système d'enseignement par fonction infaillible.

En conséquence de quoi l'individu a avant tout le devoir de renier sa personne pour la cause du Christ telle que l'Église la lui présente sous forme de vérité objective. Le but que celle-ci poursuit, en particulier dans la formation des clercs, n'est pas l'épanouissement de la personnalité, mais l'élimination des particularités individuelles. Si la fonction devient ainsi la vérité, il faut désormais considérer comme inauthentique tout élément personnel. Cette manière vraiment aliénante d'extérioriser le religieux a pour conséquence inévitable une compréhension purement formelle de l'obéissance, et une conception du sacrifice qui violente les personnes, parce qu'elles restent totalement extérieures à la conscience individuelle.

 

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accès au haut de cette page dernière mise à jour le 8 février 2010